Overblog Tous les blogs Top blogs Beauté, Santé & Remise en forme Tous les blogs Beauté, Santé & Remise en forme
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le blog d'une femme qui souffre de troubles bipolaires, mais qui est stabilisée.

Publicité

Leçons de piano en hiver



29 janvier 2009

J’ai rencontré un beau gars. Jeune. Talentueux. Il m’a dit : « Vous allez m’apprendre le classique. » J’ai répondu : « C’est ce que je préfère. »
- Vous pouvez m’apprendre à jouer  d’après les cassettes ?
- Je vous apprendrai le solfège.
- Je suis étudiant, c’est 30 euros de l’heure. Sinon, on ne va pas pouvoir.
- D’accord.

J’ai peur. Sur internet, on peut rencontrer n’importe quel dingue.
 
Il arrive un quart d’heure en retard. Je m’énerve, j’appelle, je tombe sur sa mère. Impair. J’étais arrivée pile à l’heure, j’avais peur de l’avoir raté. Je regarde par l’œilleton, je le trouve pas maI. Ca veut dire, très beau. Bémol. Il sent le tabac. Très fort.  Il est grand, il est sec. Il a eu du mal à trouver. Nous sommes tous les deux hyper stressés. Je lui dis : « Asseyez-vous !» avec un grand sourire. C’est à moi de le mettre à l’aise. Thé, café ?
-Un verre d’eau. Un bon point.
Je reviens de la cuisine, il a déjà installé son vêtement sur ma chaise, je m’asseois.

J’écoute Beethoven, c’est ce que j’avais choisi pour mon diaporama. C’est ce qu’il préfère, avec Mozart.

Je lui apprends des notes, il sait  vaguement dessiner une clé de sol, de fa, mais il ne sait pas ce que c’est une noire pointée. Je vais pouvoir l’aider.

Je lui demande de jouer, je suis scotchée, je lui dis pas.
Ses mains sont bien placées, il joue tout doux. D’oreille. Un peu bossu, mais c’est normal, il est grand. Glenn Gould, il se tient incroyablement.
Il aime le morceau. Je lui propose de le noter sur la portée.
- Pas la peine, j’ai retenu.
Je suis estomaquée. Je ne lui dis pas.

Je lui propose du Bach. Il pousse les hauts cris.
-Au violoncelle, non.
A bout d’arguments, je glisse : - Tout le monde joue du Bach.
Je lui en joue, je fais des fausses notes. Il s’extasie:
- C’est beau.
Moi, je ne peux pas m’empêcher de dire : - J’ai fait des fausses notes, je n’avais pas travaillé depuis longtemps.
Comme s’il n’avait pas entendu.

Je lui joue du Mozart. Il s’extasie.

Quand je mets le métronome, il me dit : -Non ça va me stresser.
Je lui dis : «  C’est juste pour voir ! «

Je passe mon temps à le rassurer, j’ai hyper peur qu’il s’en aille, qu’il change d’avis.
Il repère immédiatement que le tempo est inégal. Le parquet doit être en pente. Je pousse le métronome, ouf ça marche, je suis rassurée. Je m’étais dit, j’ai pas le bon matériel.
Il essaie le tempo le plus rapide. Il rit.
- On ne s’en sert jamais.
Comme si j’avais  besoin de lui préciser.
Je lui sors les vieilles partitions toutes usées.
- C’est les partitions d’enfance.
Il ne relève pas.

Il me demande la sonate pathétique, je ne me souviens plus, panique, je finis par la retrouver, je l’avais jouée en me trompant de tonalité, il me le fait remarquer. Je me justifie :
-    Ca faisait longtemps que je ne l’avais pas jouée.
Il va falloir que je révise.
-    Je la retrouve, je lui joue, on pinaille sur le si, dans la version de Karajan, à faire sonner. Je lui fais remarquer que c’est écrit, le si ne sonne pas, rapport à la queue en l’air.
-   
Quand je repère qu’il a le profil de l’ex et ses yeux bleus, je craque.
Il joue d’oreille, il répète après moi, je ne le vois pas lire.
Je lui suggère d’apprendre à lire, car mon but est de le rendre autonome…. Le plus tard possible.
Il déchiffre.
- C’est difficile.
Dans la méthode de Thierry Masson, je la retrouve, mais en sol majeur. Ni l’un ni l’autre n’apprécie.
Je finis par dire : « C’est pas que je m’ennuie,  c’est l’heure, les voisins », je lui ai fait grâce du quart d’heure de retard,  nous prenons rv, il me dit 8 h, ça va pas, je dis que je peux changer,  mais non, il finit par dire oui, il a repoussé une poussière sur le piano, mais il va revenir. Si tout va  bien ?En tout cas, il a tout noté sérieusement dans son agenda.

Je lui dis d’aller fouiller dans les librairies musicales, il me demande :  – Larghetto ?
- Oui, devant le café Marigny. Ou Beuscher, à Bastille.

Il me dit :- On fait comme on avait dit, premier cours gratuit, avec un sourire crispé.
Je ris, vaincue : - D’accord.

Je lui dis : «  C’était un plaisir. «  Il répond :  « De même ou quelque chose comme ça. «


Je ne dors plus.

2 ème leçon

Il arrive à l’heure, ou un peu en avance. Je n’ai pas eu le temps de vérifier. En tous cas, ça me paraît tôt. Je suis prise de court.  Je suis en train de grignoter du pain avec du tarama.
- Bon appétit ! me dit-il avec un large sourire.
Honteuse, je lui en propose.
Il refuse.
- Un petit carré de chocolat.
Non plus.
- Un verre d’eau ? Comme l’autre fois ?
-Oui.
-Vous permettez que je mange un carré de chocolat ?
-Oui, bien sûr.
Il a déjà posé ses vêtements sur la chaise.
Je lui propose de s’asseoir.
 - Je prends place, déjà ?
Je me demande ce qu’il aurait pu faire d’autre.
- Ca va ?
-    - Oui.
- Vous avez reçu mon coup de fil ?
- Oui, mais je ne savais pas où aller.
- Je vous l’ai dit, la librairie musicale Larghetto. Ca ne fait rien. On a de quoi faire pour aujourd’hui. C’était pour que vous puissiez avancer.
-    - De toutes façons, vous avez plein de partitions.
-    - Oui.
Je suis étonnée. J’en ai pas tant que ça. Mais bon, suffisamment pour travailler.
Je lui donne son programme. Il acquiesce.
-On va faire de la technique.
-    Tout fier, il me montre comment il s’est entraîné cette semaine.
-    Je lui montre comment faire mieux, tout va bien. Je me cogne à la chaise, tellement je suis énervée. Il s’inquiète.
- Ca va. Je ne lui dis pas, mais c’est tout comme.
-    J’ai mis du vernis. Je suis toute fière.
-    Je me risque à tirer sur un doigt. Faut bien que je fasse mon boulot. Mais j’ai très peur de le toucher. Il ne réagit pas. Il doit trouver ça normal. Il a un peu mal, moi aussi, c’est signe qu’on fait bien l’exercice.
- Bon, la gamme.
-    Il est très doué. Je ne lui dis pas. Mais je manifeste mon contentement. Il résiste pour l’octave.
-    - Mais non, c’est 7 notes, on va jusqu’au si.
- Non, on va jusqu’au do, vous n’ allez pas me contredire. L’octave, ça vient du latin, huit notes. 
Nous rions. Il rit tout le temps. Normal, je suis drôle. Il n’est pas le premier.
Je lui demande de rejouer Grieg, il le joue parfaitement, je suis scotchée. Je lui demande de le jouer doucement. Il veut jouer rapide, pour me montrer qu’il est performant.
- Du mystère, c’est le matin .
Il rit, l’air étonné.
Il s’exécute.
Il est vraiment doué.
-    -Bon, Bach.
Il ne veut pas.
-Mais vous avez aimé, la semaine dernière.
-Oui, oui, j’ai même applaudi.
-    Ca, j’avais oublié.
-Vous êtes fan de Bach. Il sourit toujours.
-Comme tout le monde. C’est le violoncelle qui vous a découragé.
- Oui.
-    - Bach, c’est la base.
-    - Je viens pour travailler du Beethoven.
- Beethoven s’est inspiré de Bach.
_ -Beethoven, c’est l’inventeur du classique !
Je lui joue mon préféré de Magdalena Bach. J’en profite pour enlever mes lunettes. Au cas où il ne se serait pas aperçu que je suis jolie. J’ai mis ma belle jupe aussi.
-    - Bon, vous m’avez convaincu.
Il déchiffre.
-    Je ne sais pas lire.
- Pas du tout ?
- Si, mais ça me prend du temps.
-On a tout le temps.
-    Il joue. J’ai envie de l’embrasser.
-    Quand il a fini, il se tourne vers moi, il attend. Les bras détendus, les mains croisées.
-    Bon, Beethoven, il reste 10 minutes.
-    Il rejoue parfaitement l’extrait de la Pathétique que nous avons travaillé la semaine dernière. Je suis stupéfaite.
-    La Pathétique, la Clair de lune ?
-    Je lui joue la Clair de lune.
- Je connais.
 C’est plus facile que la Pathétique. Il y a plein de notes.
Je lui joue, avec plein de fausses notes. Il ne relève pas.
 
-    Il est d’accord.
-    - C’est vrai qu’elle est plus facile.
-    Il déchiffre.
-    - C’est difficile !
-    - Mais non, vous allez vous ennuyer avec des partitions de gamin.
-    Il acquiesce. C’est tellement évident.
-    Avant de partir, je vous montre quelque chose.
Il joue ce qu’il a composé.
C’est beau.
On va l’écrire la semaine prochaine.
-    Il se lève, déplie son grand corps, étire ses bras derrière la tête. .
-J’ai quelque chose à vous demander.
 -Quoi ?
-    Je suis inquiète.
- Je voudrais savoir si je peux vous payer au lieu de 30 euros, 25 euros.
-    Je m’en doutais.
Je proteste pour la forme.
- Mais on s’était mis d’accord la dernière fois.
-    Il insiste.
- Vous voulez ma mort ! dis-je en riant
-Non, non.
-    - Bon, mais ne le dîtes pas, normalement c’est 20 euros la demi-heure.
-    -Non, non à personne. Si vous m’aviez dit non, peut-être que je ne serais pas revenu.
-    Je ris.
-    Je vous donne 30 cette fois, 20 la prochaine fois.
-    - Bon, c’est parce que vous êtes doué. Vous en profiterez pour acheter des partitions.
-    Je lui demande de me trouver des élèves, il aura droit un cours gratuit.
Il  s’extasie. Il a vraiment besoin d’argent.
-    - Ca s’appelle le parrainage.
Il me parle de ses études. En bac pro.
-Non, pas en bac pro, je suis étudiant, je suis en retard.
-    Je me disais aussi.
-J’ai fait commerce.
-Commerce.
-Non, pas commerce, en compta, on fait du commerce, de l’économie.
-C’est pour ça, vous êtes un bon négociateur.
-    - Non, non, je ne suis pas un négociateur. Bac pro, c’est pour ceux qui sont en échec scolaire.
-On s’en fiche, vous faîtes de la musique. Vous aimeriez en vivre.
-Oui, c’est un projet.
Il s’en va.
- Prenez soin de vous.
Il a oublié son écharpe. Il paraît que lorsqu’on oublie quelque chose, c’est qu’on a envie de revenir.
-    Il me demande de la lui jeter dans l’escalier.
J’aurais dû la garder.

-    Faudrait que je lui propose d’aller au concert. Ecouter Beethoven, au hasard.






14 avril 2009-04-16

Il est parti, il n’avait plus d’argent. Il m'a laissé une ardoise de 100 euros. Il a gardé un CD que je lui ai prêté. Triste. Il va me manquer.


" Je vous enverrai votre pourboire...."
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
ta maniere de narrer est fort prenante! j'aime beaucoup, je continue donc... =)
Répondre